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Le Calvez on Vanoosthuyse (2017)

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Review: 

Vanoosthuyse, François. Histoire d’un jeune homme. Une lecture de L’Éducation sentimentale. PU de Rouen et du Havre, CNED, “cours,” 2017, pp. 246, ISBN 979-10-240-0904-9

Éric Le Calvez, Georgia State University

Ce livre fait partie des publications opportunistes et à fabrication rapide qui, en 2017, ont vu le jour suite à l’ajout de L’Éducation sentimentale au programme de l’Agrégation de 2018 (cinq ouvrages au minimum et une grande partie d’un numéro spécial de revue). Il s’adresse donc principalement à un public ciblé. Les six chapitres qui le composent vont du “Récit” (15–49) à “L’histoire” (à prendre dans son sens historique, 195–229), en passant par “Le langage” (51–93), “Les images” (95–126), “L’amour” (127–56), et enfin “Les rapports sociaux” (157–93); l’ensemble est suivi d’une “Anthologie critique” (il s’agit en fait d’extraits d’articles ou d’ouvrages, 231–40) et se conclut par une bibliographie succincte mais pertinente (241–44), qui devrait sans doute aider les étudiants à prolonger leur lecture. 

Traiter d’un roman aussi touffu et complexe en si peu de pages peut sembler une vraie gageure, mais l’auteur parvient à bien montrer comment fonctionne ce texte avec les nombreux problèmes qu’il comporte et à offrir une excellente synthèse, à la fois sur ses thèmes et ses techniques. Si les différentes sections qui composent chaque chapitre sont peu développées, Vanoosthuyse réussit à poser divers principes illustrés par quelques citations, et le lecteur pourra les retrouver et les appliquer à d’autres passages du roman sans difficulté. On trouve ainsi des remarques très importantes sur “La difficulté de se repérer dans le réseau que forment les personnages, … d’autant plus grande que le récit est faiblement structuré par son intrigue” (15; en effet, quiconque a enseigné L’Éducation sentimentale sait que cette foule de personnages rebute souvent les étudiants: ils ne savent plus qui est qui et finissent par les confondre excepté, certes, les personnages principaux), sur les apparitions et les disparitions, si fréquentes dans le récit (18), sur le thème du hasard (20), sur les montages en parallèle (22–23) et le problème du temps car “l’action est peu datée, malgré son ancrage historique” même si l’on “sent constamment le passage du temps” (24). La fréquence des ellipses n’est pas oubliée (pas seulement pour le blanc final, entre les cinquième et sixième chapitres de la troisième partie; 26–27), ni la gestion de l’information, fort problématique car le texte offre “de fausses nouvelles, de faux indices, de fausses pistes” (33). L’auteur insiste aussi sur la circulation des objets (40), et analyse les ambiguïtés que l’on rencontre chez le narrateur, avec son ironie, ses jugements (52–60), le problème des discours (le lecteur se demande souvent “qui parle?” ou “qui pense?” 61–68), l’emploi du on, si omniprésent dans le style de Flaubert (70) sans oublier, bien sûr, le style indirect libre généralisé (70–76). 

La manière dont procèdent les perceptions des personnages est également abordée dans cette étude (voir les remarques sur les effets de clair-obscur, 119–21) avec, à propos du thème de l’amour (les quatre personnages féminins qui gravitent autour de Frédéric), de belles pages sur la “fixation sentimentale” (128) de Frédéric sur Mme Arnoux. À propos des rapports sociaux, Vanoosthuyse note que le roman “pose un regard d’une telle acuité et d’une telle profondeur sur les trajectoires des acteurs sociaux, qu’il s’apparente à un questionnement de l’ordre social tout entier” (157) en nous montrant “une société pyramidale et parfaitement inégalitaire” (172, passages sur le rôle de l’argent, essentiel dans le roman). Flaubert fait ainsi preuve d’une véritable “intelligence sociologique” (177). Enfin, la question de l’histoire est analysée en fonction d’un véritable problème: alors que le roman la reconstitue, “le style du récit travaille partiellement dans le sens opposé”; en effet, “L’histoire politique est traitée par Flaubert avec le même génie de la discontinuité et de l’indécision que le roman d’amour” (196), notamment à cause des allusions à des informations ou à des faits (198). On peut bien dire, en effet, que Flaubert “ne propose … aucune synthèse mettant en perspective l’histoire de la nation, la destinée du peuple ou les grands enjeux juridiques et politiques” de l’époque (212). 

On suit très bien l’auteur dans ses démonstrations, convaincantes et bien fondées. Cependant, on regrettera qu’il n’ait pas accordé de place à la technique de la description flaubertienne, si importante dans L’Éducation sentimentale et que les étudiants pourraient ne pas comprendre ou apprécier; la description est seulement traitée de biais, dans le chapitre concernant les “images” (100–05). On rencontre aussi quelques approximations ou exagérations, comme le fait de dire que “Dambreuse les a déshérités” (41; les signifiant Frédéric et Mme Dambreuse alors que seule Mme Dambreuse, bien entendu, est censée hériter de son mari) ou que les ouvriers sont “absents” du roman (157); même s’il est vrai qu’ils ne sont pas individualisés sous forme de personnages centraux, ils sont très souvent mentionnés par le texte, et ce dès la première scène. On trouve aussi quelques erreurs, en particulier dans les citations (48, Flaubert n’a jamais écrit, du conseil de Deslauriers, “Deviens l’amant de Mme Dambreuse” mais “Deviens son amant”; 114: “avec l’air d’un somnambulique” au lieu de “somnambule”). Néanmoins, cet ouvrage demeure très utile, non seulement pour les agrégatifs mais encore pour les étudiants qui assistent à un cours sur le roman, qu’ils soient Français ou Américains.

Volume: 
47.1–2
Year:


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Book_review_page | by Dr. Radut